Spectacles Joliette

Les nouvelles du Centre culturel de Joliette


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Le temps ne court pas trop vite pour Lise Dion!

Le 29 août dernier, l’humoriste Lise Dion s’arrêtait à la Salle Rolland-Brunelle pour présenter son plus récent spectacle : Le temps qui court. C’est devant une salle pleine à craquer que l’humoriste chérie des Québécois a fait vibrer Joliette.

Dès les premières secondes du spectacle, le titre évocateur prend tout son sens et l’angle choisi par Lise Dion saute au visage des spectateurs. En effet, une gigantesque horloge à pendule fait résonner les secondes pour ensuite laisser place à un diaporama avec des photos de Lise à tous les âges. Le tout est accompagné d’une chanson très personnelle. C’est avec la même approche amicale et attendrissante que l’humoriste fera son entrée sur scène, acclamée de toutes parts par son public.

Visiblement contente d’être sur les planches, Lise Dion scellera son lien avec les spectateurs dès ses premiers mots en les traitant comme de la visite. Elle ira même jusqu’à leur demander quand était leur dernière rencontre! L’humoriste commence ainsi son spectacle, en racontant ce qui lui est arrivé pendant l’ « absence » de son public.

Les premières blagues porteront sur son poids. Elle utilisera ce sujet pour traduire la pression sociale grandissante sur l’apparence physique, mais également sur l’alimentation. Ses scènes loufoques à l’épicerie rejoindront plus d’une femme dans la salle et déclencheront des rires intenses. Lise Dion ne manquera pas d’aborder aussi les thérapies, une autre mode gagnant en popularité. Elle nous fait le compte-rendu de ses rencontres avec son spécialiste et en tire des conclusions réconfortantes pour l’estime de soi. Un beau message pour faire rire les femmes mal à l’aise avec leur corps. Elle conclut en lâchant : « Toutoune power! » Cette affirmation ne manquera pas de soulever un tonnerre d’applaudissements.

Viendra ensuite la « maladie » de la ménopause, comme elle se plaît à l’appeler. Cet inévitable sujet a su rappeler de drôles de souvenirs aux femmes plus âgées et sympathiser avec celles vivant présentement cette situation. Même les adolescentes, tordues de rire, ont pu reconnaître leur mère. Lise Dion exploitera ce sujet vedette pour aborder ensuite sa maladresse face à la mode santé. Elle utilisera notamment l’exemple du yoga (particulièrement le costume moulant versus son poids, vous l’aurez deviné). L’image, assez forte, fera vibrer la salle sous les rires.

Avec tous ces questionnements sur les effets physiques et métaphysiques de la ménopause, l’humoriste nous entraîne ensuite dans une suite logique en évoquant la libido au sein des vieux couples. Les efforts ridicules, mais attachants de son fameux « Marcel » ont rendu les spectateurs presque hystériques. Le sens du timing de Lise Dion a été rudement mis à l’épreuve, car elle devait fréquemment s’arrêter pour laisser les gens rire. Dans ce segment, c’est également au tour des hommes d’être éclaboussés. Coup de théâtre, Marcel l’a laissée pour assouvir ce qu’elle nomme « le dernier rappel du coq », ou la ménopause masculine. Les hommes dans l’assistance ont été confrontés à l’empire en pleine expansion de la pilule bleue et à leurs échecs maladroits avec les femmes plus jeunes. Face à cette escapade, Lise Dion garde la tête froide, mais en profite pour ce remettre elle aussi à la séduction. S’ensuivront des tonnes de péripéties pour la remettre sur le marché des cœurs. L’humoriste fait bien ressortir le ridicule de la chirurgie plastique et du « flirt » moderne (sites de rencontre, bronzage, sports de rencontre, etc.) Bien sûr, leurs aventures sont peu concluantes et les vieilles pantoufles reviennent ensemble. Viendra alors un travail de couple important aidé en rien par la démocratisation du sex-shop.

Le temps n’arrête jamais sa course (c’est le mot d’ordre du spectacle), et les enfants de Lise ont déjà quitté le domicile familial. L’humoriste aborde ce sujet parfois terrifiant pour les parents sous un angle très léger et évoque même la liberté. Elle va jusqu’à raconter son accouchement à sa fille d’une manière terrifiante, ce qui a bien fait rire les nombreuses mères dans la salle. Plus d’enfants, ça veut dire des vacances! Lise Dion nous raconte les siennes dans le Sud. Son talent avec les langues et sa dynamique de couple douteuse ont bien failli asphyxier quelques personnes dans l’assistance.

Face au rythme implacable du temps, Lise Dion se projette finalement dans le futur et s’attaque à la mort. Elle nous parlera directement, mais aussi à travers une version vieillie d’elle-même qui ne demande qu’à mourir pour fuir une vie plus que pénible dans un CHSLD. Ce sujet est lourd, mais aucune lourdeur ne s’est pointé le bout du nez. Jeunes et vieux riaient de bon cœur, probablement pour des raisons différentes : là était toute la beauté de la chose.

À la fin du spectacle, c’est une Lise Dion comblée de bonheur qui est revenue sur scène savourer son ovation debout, déclarant qu’elle avait beaucoup de plaisir à faire le plus beau métier du monde : celui de nous faire rire. Une chose est sûre, le temps court, mais avec Lise Dion, il est de qualité.

 Samuel Paré pour le Centre culturel de Joliette